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Third Shot et Onra au Café des Anges - Contre Temps 2008 + vidéo

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Third Shot et Onra au Café des Anges - Contre Temps 2008

Le mercredi 11 juin dernier, le festival Electro Groove ContreTemps proposait de découvrir deux représentants du « Future Sound Of Paris » : le groupe electro Jazz « Third Shot » et le DJ ONRA, au Café Des Anges.

C’est dans cet ancien Club de Jazz où se produisit m’a-t-on dit Chet Baker, où je vis mes premières Jam-Sessions à « Jammez le mardi » et Ange le jour des Anges, puis haut-lieu de la Salsa autour du piano devenu vestiaire (il y pire comme mort pour un piano) en haut et du Funk Strasbourgeois au caveau où se donnèrent des soirées « acid-jazz », mon paradis musical des années 90s, hélas vendu il y a quelques années à des commerciaux qui triplèrent le bar ne laissant à la danse qu’un couloir.

Et n’amenèrent de positif que Miss Audrey, reine du mojito, la serveuse puis jetèrent l’éponge, et repris récemment avec plus de bonheur, mais l’accoustique et l’architecture du lieu pour la visibilité des artistes ont soufferts de tous ses travaux, quoique redevenu esthétiquement somptueux avec ces colonnes et le plancher en damier qui fit tant danser les salseras les plus talentueuses de la ville. Au moins on-t-ils exhumé les vestiges de deux anges de Botticelli devant le bar (toute la décoration en était couverte à la grande époque), et Grégory Ott a repris les Jam-Sessions, dorénavant un lundi sur deux. Mais rien ne sera plus jamais pareil avant la réouverture du caveau et même... ça fait quand même sentimentalement toujours plaisir d’y revenir.

Mais en guise de DJ apéritif, on pouvait entendre tout d’abord le DJ P-Jay dans une intéressante sélection colorée Funk, Soul, Disco passant également par le Jazz Rock Brazil de Return To Forever ou Sergio Mendès.

Le groupe « Third Shot » tire son nom de sa formation, le premier élément étant la voix Soul et Jazz de la chanteuse Lisa Spada, élevée aux disques d’Aretha Franklin, Ray Charles, Sam Cooke ou Mavis Staples, le second le contrebassiste Gaël Maffre, forgé par l’écoute du Jazz de Count Basie, Ella Fitzgerald ou Stan Getz, ouvert aux effets électroniques et compositeur des thèmes pour créer une troisième dimension electro-jazz autour d’elle depuis 2003, avec le pianiste Christophe Mondot, le trompettiste Vincent Echard et les choristes Nelly Stanislas et Camille Richard, tous absents de cette formation réduite au trio acoustique avec le guitariste Laurent Avenard, originaire de Strasbourg mais depuis Parisien . Ils viennent de sortir un album, « The Way You Smile When You Leave ».

Dans “Rapture”, la finesse du son de la contrebasse évoque la kora doublé des résonances d’un piano à pouces entourant à merveille la voix soul dramatique de Lisa Spada, un peu à la manière des délicieuses chanteuses acidulées de Massive Attack, cheveux plus courts que sur les photos et ses textes poétiques répétés en écho par un sampler.

La seconde chanson est « Fairy Tale », choisie pour la compilation de ContreTemps, mais dans une version plus samba avec guitare. La chanson est un conte de fées moderne à l’heure de la Télévision, des ordinateurs et du virtuel, où on peut imaginer le prince charmant arriver sous la forme d’un e-mail pour délivrer du dragon la princesse enfermée dans sa tour. L’intermède électro est remplacé par une improvisation de la voix de Lisa Spada sur la contrebasse de Gaël Maffre. Suit une chanson Soul gaie « Searching » avec un scat de Lisa Spada en « doodapdey » prolongé de vocalises en « oooh » poussées jusqu’au cri, puis suivies d’une danse sur les arpèges de la guitare et du retour du scat. De sa voix émane joie et soul sur ce groove soul acoustique, naturel, roots, ce qui n’empêche pas la guitare d’envoyer une note en sagaie de ses cordes vers le scat.

Lisa Spada s’inquiète tout de même du fait que le son n’est « pas assez fort » ou le public trop bruyant. On monte le son sur la basse : « Step back », chante-t-elle avec soul sur la guitare Bossa et la basse groove descendante. Dans les aigus, Lisa Spada a parfois des accents de folie à la Björk, mais avec une assise soul Jazz. « Hé Hé Hé », un écho s’élève, et enfin le public tape des mains, participe. « On ne s’attendait pas à avoir autant de monde », a l’air de s’excuser Lisa Spada, avant d’entamer une reprise de « Good Bye Pork-pie Hat » de Charles Mingus, écrite à la mort de Lester Young en pensant à son chapeau de dame patronnesse anglais dont il avait coupé les rubans. Elle chante les paroles écrites par Joni Mitchell sur ce thème instrumental, pour son album « Mingus » en 1979. Lisa Spada rajoute sa soul à ce thème jazz sur la la basse obstibée à la mingus et la guitare hispanisante à la Paco De Lucia ou Al Di Meola, sans aucun effet électronique. Mais cette Lisa Spada est une vraie Soul Sister, capable de chanter du cool jazz au funk d’aretha Franklin et de le pousser jusqu’au cri, puis de revenir au calme ou de partir en scat « doumdoumdoum ».

N’empêche que les bruits du public posent le problème du Jazz en club, qui pour moi a toujours fait partir du « fantasme », des ambiances enfumées mythiques, mais parfois ne permet pas d’entendre les artistes, quand la musique trop calme n’est pas de nature à arrêter les conversations, les verres entrechoqués et autre bruits extérieurs du public. Les plus ombrageux comme Chet Baker ou Thélonious Monk y ont remédié par l’inverse, jouant si doucement que le dernier consommateur soit dérangé par le manque de cet agréable bruit de fond. Alors le Jazz est-il condamné à n’être plus qu’une musique qu’on « écoute », dédiée aux assis et aux salles de concert où l’on entend pas une mouche voler comme la musique classique, ce qui le coupe des jeunes, de la danse, de l’énergie, du public jeune qui a envie d’autre chose et des combats de son temps, ne se défendant plus mais se calfeutrant dans sa cage dorée et ses velours pour un public choisi, trié, bien sous tout rapport ? Ne serait-ce pas sa mort ? Après s’être tant battu pour devenir respectable, écouté, justement, il l’est trop, sans passion ni polémique, cantonné au Jazz cool qui ne « dérange pas l’oreille » et les conversations en club, bruit de fond sentimental et romantique de la chanteuse-canari dans sa cage certes propice à la séduction nocturne mais dont ce n’est pas l’objet ni la mission.

Alain Gerber a écrit dans une de ses « Chroniques de Jazz » pour supplier que le Jazz, quitte à mourir, meure du moins assassiné dans une rue sombre, où il est né et a longtemps vécu, lutté pour sa survie et pas de vieillesse dans l’ennui d’un lit confortable. N’empêche que la délicieuse Lisa Spada doit bien se faire entendre et que le charme indéniable de sa voix parfois fluette entre les chansons ne suffit pas pour stopper toute conversation extérieure. D’où peut-être l’aspect « entertainment » (amuseurs, divertissement) clownesque que concédèrent certains interprètes passés dont Louis Armstrong et son rire tonitruant, Dizzy Gillespie et ses pitreties qui ne sont pas ce que le Jazz a fait de plus distingué mais firent plus en terme de publicité, d’image et de capital sympathie auprès du public qu’une ballade, ou permettait du moins qu’on écoute celle qui suit avec un sourire de bienveillance amusée et indulgente, voire même ému.

Aujourd’hui, on peut espérer que le Jazz acoustique faible en décibels n’aura pas à céder au bruitisme électrifié, même en club, pour se faire entendre et trouver un public attentif, mais la question se pose de trouver de nouvelles conditions d’écoute, de nouveaux lieux pour lui, un nouveau public, et le vide culturel actuel ne semble pas s’en soucier. Des flics sonores iraient bien sûr contre tous les principes de liberté défendus par le Jazz. Il semble qu’à Paris ou ailleurs, le public vienne plus pour la musique et donc stoppe pour elles ses conversations, si l’on en croit les captations live en club à l’OPA du MySpace du groupe, ce qui ne fut pas le cas ce soir-là Aux Anges. Le plus drôle ou presque rassurant est que les plus enthousiastes en applaudissements et cris bruyants entre deux chansons, qui eux font partie du plaisir du Jazz que n’a pas la musique classique ou tout à la fin du concert, étaient les mêmes qui continuaient leurs conversations. Peut-être écoutaient-ils d’une oreille distraite, ou appréciaient en parlant, ou assez sincèrement pour vouloir remercier de la sorte.

Third Shot : S.E.2

Après quelques dernières vocalises en « ooooh », la chanson se termine par une clave électro. « On change complètement notre liste », explique Lisa Spada, dont la fragilité touchante, timide et délicieuse ne suffit peut-être pas non plus à forcer le public au silence que son chant mériterait. Suit un début de guitare cool sur des percussions à peine électroniques. Les chansons, quoique douces, semblent estivales, avec des textes poétiques qu’on aimerait entendre dans un environnement sonore plus approprié, mais le Jazz est coincé entre un respect d’élite silencieuse et une passion délirante et bruyante, entre ballades et thèmes plus dansants, rythmiques, les deux aspects du Jazz, entre émotion sentimentale (standards, cool jazz, ballades) et ferveur (swing, be-bop, hard-bop, free-jazz), qui bien entendu se complètent lors d’une prestation, se succédant d’un thème à l’autre, ou dans le même.

Lisa Spada remercie le public « d’avoir été si attentif » (faut le dire vite, elle est vraiment trop adorable) « et nombreux » (au moins ça a marché au niveau des entrées, et le bruit était aussi proportionnel au public). Dans cette dernière chanson « Sweet Miracle », on croit entendre des gongs discrets et autres gamelans électroniques annonçant le mix d’ONRA, de retour de son pays d’origine, le Viêt-Nam.

En seconde partie, ONRA, beatmaker Parisien de 26 ans ayant déjà sorti trois disques en un peu plus d’un an : « Tribute », en compagnie de Quetzal, album de smoking Hip Hop instrumental rêveur et Jazzy en hommage à la Soul, aussi coloré d’influences diverses et délicieuses que les plumes de l’oiseau mexicain du même nom (moitié ailée du serpent à plumes, Quetzalcoatl, fondateur de l’aztèque Tenoctitlan, actuelle Mexico), puis « The Big Payback, » plutôt Nu Soul/electro avant-gardiste, en collaboration par internet avec le pianiste américain Byron The Aquarius, et enfin, fin 2007, son premier album sous son nom, « Chinoiseries », dans un style « Asianploitation » utilisant des samples de disques ramenés de son premier séjour au Viêt-Nam, pays de ses origines.

Il commence d’ailleurs son set par son côté Hip Hop Soul aux tempos latinos, comme "Gotta Have It", extrait de son album « Tribute » avec Quetzal au rythme original avec un piano décalé latin, des voix soul, un MC un peu Jamaïcain et des scratches, éléments disparates allant magnifiquement ensemble, fait à la fois rêver l’esprit, voyager la tête dans les étoiles, ravir l’âme de ses voix et danser les pieds : les buts pour moi de la musique, ou de celle qui m’intéresse. Je crois ensuite entendre après quelques ralentis une originale rythmique de bouteilles entrechoquées. Puis on entend « Second Chances » une superbe « Sound Sculpture » de Théo Parrish, plus electro avec la chanteuse Soul Monica Blaire dont la voix au phrasé sublime coule en écho comme du miel d’émotion dans nos oreilles. Suit un titre Hip Hop plus dur mais dansant sur un flûte roots 60ies Blaxploitation « Fuck The Police » de J Dilla alias Jay Dee et cris collectifs aussi festifs que révoltés, puis « Rock The Party » de Mc Lyte avec Missy Elliott sur un beat lent et funky.

Nous passons dans le sas électronique de nappes électro suivant Flying Lotus dans une « Massage Situation », puis entrons au Viêt-Nam pour quelques « Chinoiseries » avec « The Anthem » : des percussions, des cordes, des cuivres et une chanteuse asiatiques balancés sur un rythme Hip Hop à deux temps, traitement très original. Un cordophone Viêt-Namien [(il existe au Viêt-Nam des plusieurs luths en forme de lune ou apparenté au « pipa » chinois et deux types de cithares au Viet-Nam : la cithare Dan Bau à 1 corde et la cithare Dan Trahn qui en compte 16) égrène ses cordes sur les lames d’un vibraphone, ou gamelan à lattes de bambou, puis la voix d’une cantatrice Viêt-Namienne, peut-être d’opéra entrecoupée de beats electro lourds qui la modernisent sur un tempo lent qui lui donne un côté soul.|http://www.youtube.com/watch?v=EGxy...] Puis arrive une rythmique joyeuse et entraînante 60s style plage twist à la Beach Boys asiatiques, un peu dans le style du titre d’ONRA « My Girl By Siah » sur des nappes de synthé légères avec des fonds de voix Viêt-Namiennes noyées dans le fond. ONRA_Chinoiseries.jpg

Une basse mouvante disco fait du charme à une voix soul « Dreaming » ou « Darling » qui reste libre de sa soul sur le beat. Un beat élastique passe d’un pied sur l’autre sur deux temps avec des voix soul en écho’lectro du clavier. Puis un piano flotte dans les graines électroniques de voix sur une basse groove montante, sous les nappes lunaires d’un dub space.

On retrouve la rythmique syncopée R’N’B Hip Hop mais aux clochettes asiatiques et aux résonances vocales africaines magnifiquement lointaines avec « The Healer » d’Erikah Baduh, qui semble lui aussi Viêt-Namien par une heureuse contamination. La réussite est de l’avoir fait entendre différemment à ceux qui connaissaient ce titre, dont je ne fais partie. Dans l’Espagne Arabo-Andalouse, à l’époque de Zyriab, le summum de l’art musical était de comprendre l’état d’esprit ou l’émotion du prince et de parvenir à lui en faire changer, et était récompensé par assez d’or pour vivre une vie de musique sans soucis matériels. Cette contamination du RNB par la musique Viêt-Namienne et vice versa peut rappeler, aujourd’hui, ce talent.

Surprise, un autre rythme à quatre temps où je crois reconnaître le kayanm réunionais (percussion rectangulaire et plate faite d’un cadre en bois, de tiges de canne à sucre et de graines de safran) sous des vocaux electro-soul. Les ordinateurs chantent sur le beat. Et si le plus grand talent d’un DJ aujourd’hui était de nous faire découvrir des ailleurs musicaux inexplorés, de les mélanger dans ses samples avec ce que nous connaissons pour nous le faire entendre différemment, de les rendre dansants par ses beats dans ses mixs, au point de ne plus savoir si nous écoutons du Hip Hop Viêt-Namiennisé ou de la musique Viêt-Namienne Hip-Hopisée, de remettre des percussions tribales dans les musiques urbaines et de faire chanter les machines ? Dans ce cas, ONRA est porteur d’espoirs pour la musique électronique et au-delà, parce qu’il arrive à y mettre des cultures méconnues et à la rendre de la sorte universelle et humaine.

La soirée se termina avec Steven J, des Steppah Huntah, qui nous fit découvrir un single « Samba » de la chanteuse Jazz Soul Brazil Marya Valetta, qu’il accompagne. Ce Future Sound Of Paris est aussi une lucarne ouverte sur le monde.

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