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Angelika Niescier et le Trio Grande pour Jazz D’Or à Pôle Sud Strasbourg

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Le 11 novembre, après avoir commencé avec "L’oeil de L’éléphant" (Michel Portal, Louis Sclavis, Henri Texier et Jean-Pierre Drouet improvisant sur des photos d’Afrique de Guy Le Querrec) et une carte blanche à Joëlle Léandre, le Festival JazzD’Or recevait, en matinée et à Pôle Sud un double plateau germano-français : Angelika Niescier, jeune saxophoniste prodige allemande de Berlin et le "Trio Grande" franco-belge (laurent Dehors : clarinettes et saxophones, guimbarde et cornemuse, Michel Massot : trombone et Michel Debrulle : batterie) invitant le jeune prodige du piano anglais Matthew Bourne.

La jeune saxophoniste berlinoise Angelika Niescier, née en Pologne, après un premier opus « Sublim » très influencé par Coltrane, vient de sortir son second disque « Sublim II », nommé « meilleur disque de Jazz allemand de la dernière décennie » par le magazine de Jazzthing, et y trouve un style beaucoup plus personnel. Elle est accompagnée d’un quartet acoustique HardBop d’excellente facture, composé de Florian Weber au piano, Sebastien Räther à la basse et Christoph Hullmann à la batterie.

Le concert commence par « A Piece Of Greed », avec un long solo Hard Bop digne du Coltrane période Miles Davis. Le second titre est, explique-t-elle, inspiré des exercices de respiration du yoga. Aussi surprenant et original que cela puisse paraître, l’intégration de telles pratiques spirituelles orientales a été tentée par Coltrane puis par divers saxophonistes de free jazz des années 60/70s ouverts à ces cultures orientales (Yusef Lateef), et, plus proche de nous, le saxophoniste Steve Coleman l’a utilisée dès ses premiers disques encore très funk enregistrés avec le collectif M’Base, puis avec ses Five Elements dans « Def Trance Beat », et encore actuellement lors de ses concerts, y alliant parfois des thèmes Bop de Monk ou Parker lors de son retour sur scène « Resistance Is Futile » , ou dans ses compositions au sens toujours très inspirés des philosophies orientales. La fin très rythmique de cette composition d’Angelika Niescier, hachée comme peut l’être la respiration dans ces exercices respiratoires, semble inspirée par une recherche, une quête qui pourrait être aussi musicale que spirituelle. La batterie, pour entrer dans cet univers oriental, frappe les toms à mains nues, se faisant percussionniste et imitant les sonorités des tablas indiennes ou du zarb iranien tel un cheval au galop quand le rythme s’emballe.

Pour une composition dédiée au grand pianiste Bop Thelonious Monk, Angelika Niescier troque son alto pour un saxo piccolo, évoquant le soprano du grand saxophoniste Monkien, Steve Lacy, qui avait demandé au pianiste, alors qu’il jouait dans son Big Band, comment jouer sa musique, se voyant répondre laconiquement « make the drummer sound good » (« fais que le batteur sonne bien », Monk ayant en effet beaucoup fait évoluer la batterie en poussant ses batteurs, Max Roach et Art Blakey, les plus grands batteurs Bop, puis Hard Bop, à inventer des effets « jetés » sur l’instrument faisant évoluer les « bombes », breaks caractéristiques de la batterie Bop ), et continua ensuite de jouer son répertoire, l’adaptant pour son instrument en solo (pour le disque « Monk Alone » notamment) et qui l’a joué jusqu’à sa mort il y a quelques années. Sur une rythmique typiquement Monkienne, Angelika Niescier force moins sur les aigus free en fin de phrases que Steve Lacy, mais entre très bien dans l’univers du pianiste, à la fois très complexe harmoniquement (au point d’avoir dû coller et mixer les extraits où les musiciens jouaient JUSTE de son « Brilliant Corners » pour l’enregistrer !) et d’une simplicité, d’une bonhomie, d’une drôlerie presque naïve malgré ou peut-être DANS cette complexité, qui d’ailleurs échappait complètement à Monk, quand d’autres musiciens venaient s’en plaindre auprès de lui (et non des moindres : Sonny Rollins ou John Coltrane en firent partie !), à l’image de sa « danse de l’ours » qu’il effectuait sur scène les yeux fermés, tournant lentement sur lui-même pendant les solos de ses acolytes.

Suivit une pièce plus moderne, urbaine, inspirée par les grandes mégalopoles comme Shanghaï ou Tokyo, reprenant une idée déjà utilisée par Steve Coleman dans « The Ascension Of Light » avec le titre « Urban ». L’idée d’Angelica Niescer était davantage d’évoquer l’inhumanité de la solitude urbaine où les gens vivent dans des appartements confinés sans se rencontrer, malgré le flux incessant des autoroutes les menant à leur travail, confrontées à l’insécurité grandissante des rues. Pour donner cette impression à la fois de vide, de mouvement entêtant et d’oppression, toute la section rythmique se fait plus moderne, la batterie cherchant des effets drum’n’bass, la basse se faisant inquiétante et le pianiste heurtant ses touches de clusts brusques et violents, alors que le saxophone se réduit, au début, à un souffle à vide, avant d’entrer, sur cette rythmique lourde et intense, dans une danse rapide et experte, à la Steve Coleman, une fugue obsessionnelle en boucles répétitives comme cherchant une issue pour sortir de cet univers oppressant. En bis, Angelica Niescer improvisa une chanson traditionnelle d’Europe du Nord, mais le temps pressant trop pour les explications à cause de la seconde partie, nous n’en saurons pas davantage.

En seconde partie, le Trio Grande franco-belge, invitait le pianiste anglais Matthew Bourne. spécialiste du piano intérieur fourrageant les cordes avec ses doigts dans le ventre-même de la bête ou parfois sa tête disparaissait, Laurent Dehors (nom prédestiné, puisqu’il semble souvent jouer dans et hors des thèmes ou de la mélodie), sorte de d’homme orchestre aux souffles multiples, joue des clarinettes simple et basse, saxophones ténor et contrebasse, guimbarde, harmonica et cornemuse semblant attifée pour faire couleur locale des attributs d’une cigogne alsacienne en peluche, ce qui handicapait comiquement son jeu, devant batailler contre le bec, la tête, les ailes ou les pattes qu’il rejetait successivement d’un côté puis de l’autre.

Compositeur de la plupart des thèmes, entre menuets et valses, c’est pour ses disques principalement, que les musiciens se sont rencontrés, rendant des hommages parfois irrévérencieux mais toujours énergiques et sincères au tromboniste Glenn Miller dans « Dommage A Glenn », avec Michel Massot au trombone, reprenant en rock’n’roll endiablé son « In The Mood », boogie-woogie qui devait l’annoncer ou l’exporter avec son orchestre à la Libération, l’infortuné tromboniste et chef d’orchestre Glenn Miller ayant disparu avec son avion en mer pendant le voyage, ou chantant (un peu faux) sur un rythme funky la sauvant de la ringardise la version française de Dave de son magnifique slow « Moonlight Serenade », devenu pour nous « Dansez Maintenant (tout l’été les pieds nus sur la plage) » ; ou ceux de son collectif « Tous Dehors », dont le belge Michel Debrulle avait assuré la batterie sur le disque « Tu Tousses ? » à la pochette représentant une bouteille de sirop mentholé au cas où, défunkysant cette fois la chanson « Let’s Dance » de David Bowie par leurs improvisations libres et vocaux volontairement lourdingues, endormis et à contretemps ralentissant l’énergie première du thème.

Michel Massot, au trombone, mais aussi tubas avec et sans pistons sur trépied, montrait, en plus de qualités d’agilité musicale passant au-dessus de la lourdeur matérielle de ces instruments, montrait des talents de danseur évoluant autour du trépied comme en danseuse d’un pied sur l’autre, puis, dans le dernier titre, des pas de danseur hip-hop tout en présentant ses camarades sur une base de menuet à trois temps, Michel Debrulle forçant le tempo d’un rythme post-Néo-Oléanais en intensifiant ses coups de caisse claire vers une fanfare débridée poussée jusqu’au punk ou au funk torride par ses coups de cymbales.

Funk-Jazz , Strasbourg , Tribune libre

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