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Roy Hargrove au Strasbourg Jazz Festival + vidéos En Big Band ou version RH Factor, il montre ses deux facettes

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Roy Hargrove au Strasbourg Jazz Festival + vidéos

Vendredi 3 juillet, c’est Roy Hargrove, génie du Jazz et de la trompette qui se produisait en Big Band avec la chanteuse italo-américaine Roberta Gambarini, puis avec sa formation Funk « RH Factor » et sa chanteuse et claviériste Renée Neufville. L’audience est clairsemée, mais comme dit Harry Lapp, organisateur de ce festival « les autres ne savent pas ENCORE ». Jacques Brel, qu’il a connu dans les années 70s, lui a dit « c’est là qu’il faut être VRAIMENT BON. » Et le collectionneur qu’est Harry Lapp a lu dans les « Nouvelles D’Alsace » que Louis Armstrong lui-même se produisit dans les années 20s à Strasbourg devant 400 personnes !

Roy Hargrove et Renee Neufville Strasbourg Jazz Festival 2009

Roy Hargrove Big Band

J’ignorais que Roy Hargrove avait monté un Big Band et s’ils ont déjà sorti un disque, à part le dernier Roberta Gambarini « So In Love ».

C’est un superbe Big Band, avec des blancs, des noirs et même une femme dans la section de trompettes. Les saxophonistes ressemblent physiquement à des grands du Jazz :

  • un alto qui joue avec une célérité Parkerienne mais ressemble à Kenny Garrett, un ténor blanc plus âgé à la Jackie Mc Lean
  • un autre alto plus Hard Bop ressemble à Cannonball Adderley
  • le dernier ténor à Sonny Rollins le crâne rasé sans la crête, mais au jeu très Lesterien, est un peu le crooner du groupe
  • enfin le baryton aux longues dreadlocks, barbe et lunettes.

Roy Hargrove a changé de style (en fait je ne l’ai jamais vu sur scène). Sur les photos que je connaissais, à l’époque du premier RH Factor « Hard Groove », il portait jogging et dreadlocks. Un des trompettistes a encore ce style, avec un bandana sur la tête.

Roy Hargrove lui-même est en costume sombre et chemise blanche sur des baskets noires à flammes rouges et dirige vraiment cet orchestre d’une main de maître, avec des sonorités et un swing impeccables.

Roy Hargrove Big Band live et interview au New Morning

Ils commencent à la manière de ces Big Band aux solistes Bop des années 40s comme celui de Jay Mc Shann (où Charlie Parker débuta) ou Billy Eckstine (où il rencontra Dizzy Gillespie) avec un solo d’un bon imitateur de Bird à l’alto qui ressemble à Kenny Garrett,, puis d’un ténor blanc qui ressemble qui me fait un peu penser à Jackie Mc Lean. D’ailleurs ce thème semble à la fin citer le premier cheval de bataille de Bird « Cherokee ».

Avec ses cheveux courts, Roy Hargrove ressemble à Malcolm X ou Max Roach, mais dirige ce Big Band Bop comme Dizzy Gillespie son premier Big Band intégralement Bop : en bondissant, gesticulant des deux bras, de tout son corps.

D’ailleurs le trompettiste Roy Hargrove n’est pas en reste, avec une sonorité qui ne trompe pas, des lignes à la Miles Davis, une émotion à la Chet Baker et parfois des violences à la Dizzy Gillespie, le tout lié dans un style à la Clifford Brown qui était la quintessence du Cool et du Bop. D’ailleurs quand Hellen Merrill a voulu enregistrer son « We Remember Clifford », elle a engagé Roy Hargrove à la trompette pour remplacer le défunt Clifford ! Il joue dans et en dehors des cuivres de l’orchestre avec dextérité comme Dizzy dans « One Bass Hit ».

Le guitariste aussi est discret mais efficace, assurant un balancement clapotant constant au sein d’une section rythmique bien en place quoique discrète à la Count Basie : piano, contrebasse et un batteur extraordinaire qui soutient les solistes et le Big Band, suit chaque explosion d’ensemble ou souligne de sa cymbale ou d’un glissement de balais chaque douceur des unissons.

Le répertoire, à sortir sur un album prochainement, comporte aussi des compositions d’une modernité actuelle groovy à la Lalo Schifrin pour Dizzy Gillespie (et qui feraient d’excellentes musiques de films).

Dans un autre thème, on retrouve la maturité et le moelleux des fonds sonores magnifiques propres à Duke Ellington dan ses dernières suites orientales comme « Isfahan » sous les spots rouges de l’éclairages comme un coucher de soleil, soutenu par la section de saxophones aux flûtes. D’Ellington, on crut reconnaître aussi le « Don’t mean a thing if it ain’t got that swing ».

Au bugle, Roy Hargrove trouve sur ce paysage sonore des nuances d’émotions à la Chet Baker lors de ses derniers concerts avec le WDR Big Band ou son émule Tom Harrell, puis finir une phrase par une déflagration Bop.

Arrive Roberta Gambarini, prénommée Roberta par ses parents fans de Jazz d’après une Comédie musicale où se trouvait « Smoke Gets In Your Eyes », leur standard préféré. Elle a débuté sous la houlette du saxophoniste Benny Carter, puis a enregistré avec James Moody, Hank Jones et enfin Roy Hargrove. Elle chante tout d’abord une chanson latine en espagnol de Roy Hargrove, « La Puerta », mélangée avec la fin de « Dois pra là, Dois pra ca » de João Bosco par Elis Regina (c’est une adepte du scat et de la vocalese, improvisation de paroles sur un solo), reviendra pour un sublime « Every Time We Say Goodbye » de Cole Porter à pleurer, sculptant, alanguissant, rendant chaque voyelle émouvante à la Ella Fitzgerald ou Diana Krall, enfin pour un scat Gillespien avec Roy Hargrove au chant et à la trompetteà la Oo-Lia-Koo, repris par tout l’orchestre à la Ray Charles, Cab Calloway ou Stan Kenon.

Un instant crooner, Roy Hargrove chanta aussi « September in the rain », assumant aussi le côté nostalgique du Big Band. Ce Big Band allie la modernité et les qualités de swing, de jeu d’ensemble et de folie Bop des Big Bands d’antan. Chaque soliste aura eu son moment de gloire sur le devant de la scène. Si les jeunes loups du Jazz se remettent à monter des Big Bands, ça promet des beaux jours pour le Jazz, en espérant les faveurs du public.

Roy Hargrove présente RH Factor

En seconde partie, le groupe Funk de Roy Hargrove, RH Factor, qui a sorti depuis 2003 « Hard Groove » , « Strength » (2004) et « Distractions » (2006) :

  • avec un guitariste blanc plus jeune que celui du Big Band, le saxo baryton du Big Band qui a passé un T-Shirt,
  • le saxophoniste alto à la Cannonball Adderrley,
  • peut-être le même pianiste avec une casquette sur la tête,
  • Roy Hargrove qui a tombé la veste et sorti la chemise.
  • Il y a un autre bassiste que Reggie Washington ou il a perdu ses touffes d’ailes
  • un autre batteur plus costaud que celui du big band : Jason "JT" Thomas,
  • et comme atout charme Renée Neufville aux claviers et chant.

Roy Hargrove - RH Factor

Ils commencent très Afro Beat, à la « Zombie » de Féla Kuti, avec les mêmes unissons puissants des cuivres, la batterie afro et la guitare en transe funky sur la basse groove.

Ils continuent avec Renée Neufville dans « Crazy Race », peut-être la meilleure chanson du dernier album, la plus Bop, doublée à la voix par Roy Hargrove, aux solos de cuivres les plus puissants et naturels. Renée neufville est encore plus belle que lors du dernier concert à Strasbourg à la Laiterie en 2003, les cheveux très courts et le look très hip hop. Ses cheveux, plus longs, lui donnent un air de Nina Simone 60ies, de déesse noire dans cette robe longue à fleurs de tournesols sur fond noir. Elle est aussi agréable à regarder qu’à entendre.

Suit la ballade « Juicy », chantée par Renée Neufville et le batteur Jason "JT" Thomas, d’une voix très aigue, qui la force à faire la basse, vraiment magnifique, angélique, et surprenante quand on voit combien il est costaud, tandis que Roy Hargrove joue derrière, pavillon face au sol, à la Miles Davis.

Autre superbe ballade, « I’ll Stay », reprise de George Clinton & Funkadelic, enregistrée sur « Hard Groove » avec D’Angelo, mais que Hargrove chante depuis sur scène, sur un groove déstructuré, planant et bluesy, psychédélique, à la Sly & The Family Stone. Le RH Factor a remis cette improvisation, cet esprit 70ies Peace, Love & Soul dans le Funk.

Autre chef d’œuvre de Jacques Schwartz-Bart sur « Hard Groove » (le RH Factor est un personnel changeant, avec beaucoup d’invités au studio), « Forget Regret », au groove lent et à la soul dramatique chantée à l’origine par Stéphanie Mc Kay, puis reprise sur scène par Renée Neufville .

Le RH Factor permet à Roy Hargrove de publier et d’emmener sur scène de belles chansons et d’intéressants instrumentaux, avec des claviers dégoulinants d’amour à la Marvin Gaye, ou des Jam fusion Jazz-Funk à la Miles Davis période « On The Corner » remises au goût du jour, de trouver un nouveau véhicule pour mettre un peu d’amour et d’âme dans les musiques urbaines actuelles.

Rien que pour cela, il doit être remercié, écouté, suivi et reconnu.

Funk-Jazz , Live , Strasbourg , Tribune libre , Video

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