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Le saxophoniste de free jazz noir américain Archie Shepp a eu 70 ans le 24 mai dernier une vie dans la Jazz

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Né le 24 mai 1937 à Fort Lauderdale, le saxophoniste américain Archie Shepp a eu 70 ans le 24 mai dernier. Il grandit à Philadelphie à partir de 1944. Son père joue du banjo dans le style New Orleans et swing en usage dans l’orchestre de Fletcher Henderson, le premier big band noir de l’histoire du jazz. Archie Shepp écoute le jazz à la radio, mais celle-ci ne passe que les saxophonistes blancs comme Stan Getz. En 1954, il va voir jouer Charlie Parker qu’il aperçoit dans la rue avant le concert : une coupe "afro" avant la mode, un costume élimé, une blonde à chaque bras, mais une fois sur scène, le saxophoniste alto joue plus de musique qu’il n’en avait jamais entendue : il comprend que la liberté est possible pour les noirs américains. Archie Shepp se lie d’amitié avec le trompettiste Lee Morgan qui sera son mentor dans le monde musical, lui présentant Bobby Timmons et Henry Grimes. Archie Shepp part faire ses études de 1955 à 1959, commence par du Droit, voulant défendre les noirs, écrit une pièce, "The Communist" et s’oriente vers le théâtre, puis vers la musique.

En 1960, Archie Shepp arrive à New York, joue avec le pianiste Cecil Taylor, puis monte son orchestre le "New York Contemporary Five" avec le saxophoniste John Tchicai. Il joue de son saxophone sur les plus hautes harmoniques, "upstairs", comme, lui dit-on, un certain Coltrane, lui aussi de Philadelphie, sans qu’ils s’y soient croisés. Il rencontre le saxophoniste John Coltrane au Five Spot où il se produit avec Thélonious Monk et lui demande de le faire enregistrer pour le label "Impulse", qui impose des reprises de Coltrane. Ce sera "Four For Trane", en 1964, où Coltrane parvient à imposer une composition d’Archie Shepp, "Rufus".

En 1965, il enregistre son premier album personnel pour "Impulse", qui va déjà dans des directions très variées : recréation mythique d’une Afrique fantasmée dans "Hambone" qu’il présente sur scène comme un chant d’esclave aux instruments de fortune comme les mains de son batteur frappant les cuisses de son pantalon en cuir des paumes de ses mains nues, musique de film ("Los Olvidados" de Luis Buñuel), hommage à Malcolm X, leader noir des "Black Panthers" récemment assassinné (Malcolm, Malcolm-Semper Malcolm), ballade de Duke Ellington en hommage à Billie Holiday (Prelude to a Kiss), et la version la plus iconoclaste jamais entendue de "The Girl Of Ipanema", bossa nova d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius De Moraes enregistrée à l’origine par Stan Getz, João et Astrid Gilberto. En 1966, il rend hommage hommage à trois artistes noirs disparus prématurément et à la cousine du batteur Bobby Durham, figure de la lutte pour les droits civiques noirs et "légende par son amour pour la musique tout en étant physiquement très combattive !" dans son disque "Mama TooTight", titre très free mais portée par une émergie rythmique héritée du Rythm’N’Blues. En 1969, Archie Shepp sera le premier musicien noir à se produire au Festival Panafricain d’Alger avec des musiciens Gnawas Nord-Africains.

Dans les années 70s, après cette période très free et revendicatrice, Archie Shepp veut retrouver le public noir populaire pour des raisons tant idéologiques que commerciales. "Attica Blues", en 1972, lui est inspiré par une mutinerie de la prison noire d’Attica durement réprimée où les gardiens tirèrent sur les prisonniers. Mais la musique d’"Attica Blues" est inspirée du funk et de la soul music avec des chanteuses noires à la Aretha Franklin. On y trouve aussi "Steam", chanson écrite par Shepp en mémoire de son cousin, victime à 15 ans de répressions policières dans un manifestation pour les droits civiques. L’espoir est aussi présent avec "Quiet Dawn", chanté avec une touchante innocence à la limite de la fausseté par la petite fille d’un musicien. La même année et dans la même lignée, "The Cry Of My People" reprend les choeurs des thèmes Gospels ou inspirés des Negro Spirituals avec des rythmiques modernisées funk ou africaines.

Dans les années 80s, Archie Shepp joue beaucoup de Gospels en duo avec le pianiste Horace Parlan, des disques beaucoup plus apaisés et sereins comme "Goin’ Home", en 1985, qui font connaître sa musique à un public plus large.

Dans les années 90s, Archie shepp continue de se produire, devenant une sorte de mémoire vivante du Jazz, puisqu’outre ses compositions, il chante, et reprend en concert aussi bien des ballades que des thèmes Bop ou des Gospels, tout en continuant à chaque concert d’expliquer (souvent en français) pourquoi cette musique est importante historiquement, parcequ’héritée des esclaves afro-américains.

En 2004, Archie Shepp a monté son propre label "Archie Ball", un rêve depuis les années 60s où les noirs voulaient enfin maîtriser les moyens de production de leur musique pour la libérer des obligations commerciales des maisons de disques blanches. Après "First Take", duo avec le pianiste Siegfried Kessler disparu cette année, on a pu voir et entendre Archie Shepp à Schiltigheim en octobre dernier en première partie dans un programme Jazz avec son quartet puis aux côtés de de musiciens Gnawa Marocains, montrant la filiation de ces musiques de transes africaines avec le blues. Enfin, pour fêter comme il se doit ce 70ème anniversaire, Archie Shepp a enregistré "Gemini", un double album, toujours sur son label "Archi Ball" et a donné une longue interview dans le Jazz Magazine du mois de mai.

Funk-Jazz , Tribune libre

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