[Jazz] Michel Hausser et son trio invitent Herve Meschinet
au Festival de Jazz de Munster
.08/05 |
par
Jean Daniel
Tribune libre
Funk-Jazz,
Strasbourg,
Tribune libre
Connaissez-vous Michel Hausser ? Ce vibraphoniste de 81 ans toujours actif, natif de Colmar, est l’un des rares à s’exprimer dans le style bop de Milt Jackson, seul représentant de ce style pour l’instrument. Après avoir enseigné l’accordéon de 1947 à 1949, il part en tournée Europe en 1951 et s’installe à Paris en 1952, se produit avec Stéphane Grappelli et Henri Crolla, et en trio en 1957, au « Chat Qui Pêche », club Rue De La Huchette.
Premier vibraphoniste de Jazz français pour le référendum « Jazz Hot » en 1958, il rencontrera le saxophoniste, clarinettiste et flûtiste belge Bobby Jaspar comme accompagnateur du trompettiste Donald Byrd. Ils enregistrèrent en 1959 ensemble un disque avec le grand batteur Bop noir Kenny « Klook » Clarke, résidant à Paris, « Jeux De Quartes », avec Paul Rovère à la basse, d’abord publié sous le nom de « Phénil Isopropilamine » (premier nom de l’amphétamine à sa découverte, Jaspar s’intéressant à la pharmacologie). Mais profondément attaché à sa province natale, après une très belle carrière dans le Jazz tant comme accompagnateur que comme soliste et comme compositeur, Michel Hausser s’est fixé à Munster en 1970, où il enseigna, et monta il y a 21 ans le Festival de Jazz de Munster, y recevant des artistes continuant à faire vivre le vrai Jazz New-Orleans, Swing, Be Bop ou West Coast comme les maîtres qu’il a bien connus. Il forma son Trio avec Werner Brum à la contrebasse (« la différence avec un violon : la contrebasse brûle plus longtemps », plaisante Hausser) et Bernard Hertrich (« engagé pour diminuer la moyenne d’âge ») à la guitare en 1995 pour son disque « Blue Rose ».
Michel Hausser se produisait (« après avoir branché son vibraphone ») avec eux ce vendredi 2 mai à 21 h à La Salle Des Fêtes de Munster. Le trio était augmenté pour ce concert d’un batteur « d’Outre-Rhin », Olivier Strauch. Enfin, il y avait en invité Hervé Meschinet De Richemond, avec qui Hausser a souvent joué à Paris avec René Urtreger qui après des débuts comme sideman au saxophone et un premier album « Cannonblues » Django D’Or en 1998, s’est consacré sur son dernier album « Night in Tokyo » à son premier instrument, la flûte traversière, avec un quartette à la fois swinguant et urbain par le fender rhodes d’Alfio Origlio, l’un n’empêchant pas l’autre, comme le montre leur version de « Secret Love », et même un remix final très groove part un DJ.
Le concert commence par le standard « How High Is The Moon » dont Ella Fitzgerald donna des versions scats étourdissantes, commencé par un vibraphone scintillant de flocons musicaux neigeux, rejoint par la flûte traversière de Meschinet, au swing aérien à la manière de Bobby Jaspar sur un tempo plus rapide sur les bombes intempestives (apport du bop pour cet instrument) sans néanmoins négliger le tempo du batteur rappelant Kenny Clarke. Le solo de guitare est dans le style de Barney Kessel dans les accords barrés, qui avait débuté avec Charlie Parker lors de sa séance d’ « Ornythology » de 1946 à Los Angeles pour le label Dial de Ross Russell. Le solo de vibraphone qui suit cite d’ailleurs ce thème, que Milt Jackson avait joué avec Charlie « Bird » Parker et Dizzy Gillespie lors d’une précédente séance sur la Côte Ouest avant le retour du trompettiste. Ce qui est logique puisqu’ »Ornythology » est un décrochage improvisé du standard, que flûte et vibraphone achèvent en riffs oiseleurs sur des breaks de la batterie.
Suit une « nouvelle composition, avec un titre en un mot, « Hipnoses », mais attention pas Hypnosis (hypnose), alors en espérant que vous avez les nez assez « Hip » (branché au temps des caves de St-Germain Des Prés, des Zazous et de Boris Vian)). Le thème est bien Bop, gaiement introduit par Meschinet passé au saxophone alto, doublé de près par la guitare comme Stan Getz par Jimmy Rainey sur « Stan Getz Plays » ou en concert au Storyville, suivi par un solo de vibraphone élégant, amenant ses notes en cascade comme une avalanche de cristaux de neige sonore à nos oreilles, tout en restant construit comme chacun d’eux. Soudain Meschinet prend un solo de saxophone dans le style de Sonny Stitt (qui jouait comme Bird sans le savoir avant de l’avoir rencontré !) d’un bop enflammé mais bien ancré dans la tradition du rythm’n’blues noir, prend deux envolées Birdiennes à couper le souffle.
On se croirait au JATP (Jazz At The Philharmonic : concerts organisés à la manière des Jam Sessions de Kansas City par Norman Granz, futur fondateur des disques Verve, où les plus grands solistes jouaient ensemble. Celle, inaugurale, au Philharmonic auditorium de Los Angeles dont les fauteuils souffrirent de l’excitation du public, de 1946 et celle 1949 sont à recommander pour les rares échanges sur scènes entre Lester Young et Charlie Parker. Puis le JATP partit en tournée en Amérique, et en Europe dans les années 50s.). Suit le solo de guitare qui parfait l’illusion, puisque Barney Kessel tenait souvent la guitare du JATP, soutenu par le « tink-ti-boum » efficace de la batterie et la contrebasse, détachant de petites notes bluesy, puis égrènant des accords groupés. Ça fait du bien de voir une VRAIE guitare à peine amplifiée, sans distorsion aucune, avec une vraie caisse de résonance et ses deux trous qui ressemblent aux hanches d’un rêve, et pas un bout de bois « solid body » muni de fils à hautes tension branchés sur le secteur via une infinité de pédales aux effets parfois douteux. Le final, entre les bombes de la batterie, alterne gaiement riffs et retours au thème.
Mais Michel Hausser affectionne également dans ses compositions de nous faire voguer au gré de rythmes caraïbes, et est déjà l’auteur d’une « Samba Azul ». Tout d’abord, « puisque qu’Hervé adore imiter les petits oiseaux » sur sa flûte, une petite Samba/Bossa Nova, « Sambiña » (Petite Samba). Avec un air de déjà entendu, chez A(ntonio) C(arlos) J(obim) comme me le souffle mon père ou ailleurs, mais on ne lui doit que de bons souvenirs, mais il utilisait rarement des flûtistes, ou Hermeto Paschoal, dans un style crié autrement plus violent.
La pureté harmonique du jeu de Meschinet me fait plutôt penser aux choros (musique à peine rythmée aux influences classiques des années 20s) enregistrés par le flûtiste Brésilien Pixinguiña à partir de 1912, auteur de la chanson « Cariñoso », qui comme lui joua plus tard, dans les années 30s, du saxophone, devenant le premier soliste Brésilien sur cet instrument, et composa également des sambas pour le carnaval, souvent interprétées et enregistrées par l’orchestre de son beau-frère Umberto Texeira. Jouant avec trois mailloches (seul Gary Burton en a utilisé plus que quatre) et croisant parfois les mains en jouant à la manière des pianistes stride sur le rythme bossa de la guitare et une citation connue mais indéfinissable de la contrebasse, Michel Hausser joue dans ce contexte à la manière d’un Cal Tjader, vibraphoniste américain amoureux des rythmes latins qui engagea le percussionniste Cubain Mongo Santamaria. Arrive le solo de guitare sur le rythme samba de la batterie. En fait cette composition se fait de plus en plus personnelle au fur et à mesure, en nous faisant voyager par clins d’oeils dans les grandes pages du jazz d’influence Brésilienne.
On y retrouve en effet les qualités de la musique Brésilienne : le rythme, la belle mélodie empreinte de la mélancolie particulière de cette « saudade » (nostalgie) des marins des explorateurs portugais appliquée au raffinement harmonique des ballades du Jazz West Coast et le rythme légèrement dansant sans autre percussion que la batterie des sambas de carnaval adoucie dans les années 50s en « samba cançaõ » (samba chantée) par Antonio Carlos Jobim dans ses compositions enregistrées par João Gilberto sur ses premiers disques. Mais la fin, plus rythmée, me fait penser à un autre disque moins connu enregistré au début des années 60s, alors que Stan Getz n’avait pas encore enregistré « Desafinado » et que le nom de Jobim n’était encore connu que comme compositeur avant ses premiers disques sous son nom : le « Bossa Nova Groove » du pianiste argentin Lalo Schifrin (qui ensuite fit des musiques pour le cinéma et la télévision, comme celle de « Mission Impossible » utilisant également la flûte) avec Léo Wright au saxophone et à la flûte et Jimmy Rainey à la guitare.
Et finalement c’est peut-être mon disque de bossa nova instrumentale préféré, dont Jobim ne constitue qu’une portion congrue du répertoire (Desafinado, notamment), et celui que j’avais sur le bout de la plume durant toute cette "sambiña", car à la fois le plus Jazz (Hard-Bop Funky pour la première séance enregistrée avec Eddie Harris au saxophone) et le plus dansant par l’adjonction de la cabaça (percussion à graines) et de Jack Del Rio au pandeiro (simple tambourin mais à la palette très riche) déchaîné.
Arrive un « vieux morceau dédié au père de tous les guitaristes Manouches », « Django », plus tellement joué depuis la version réputée insurmontable du MJQ (Modern Jazz Quartet dont firent partie le vibraphoniste bop Milt Jackson, qui l’appela d’abord le « Milt Jackson Quartet » et son auteur le pianiste John Lewis, toujours impeccablement vêtus à la scène de smokings dignes des musiciens classiques, ce qui fit beaucoup pour la respectabilité du Jazz.).
En effet, l’introduction magnifique semble une adaptation des arpèges de Django en solo pour le vibraphone, ce qui la rend très émouvante, puis par en medium tempo, avec un irrésistible petit motif rythmique de la contrebasse sur deux temps répété plusieurs fois par Werner Brum entre les autres solos de guitare (rappelant que Barney Kessel a parfois joué avec le MJQ), puis de batterie tout en roulements allant presque jusqu’au contretemps, puis le thème est repris sur un tempo plus vif, Werner Brum, discret jusque là mais harmoniquement très ingénieux, brode un solo autour du motif, soutenu par quelques lamelles de rêve à trois baguettes, enfin les dernières notes de guitare un rien flamenco, et les dernières notes de vibraphone reprenant l’introduction en écho.
Dans l’intention de « varier les plaisirs », Michel Hausser laisse la scène à Hervé Meschinet au saxophone et à la section rythmique pour deux standards : « Star Eyes », de Charlie Parker et « Have You Met Jones »(« si oui, veuillez nous le dire », plaisante Hausser quittant la scène). Concernant « Star Eyes », qui se trouve un de mes thèmes préférés de Parker, j’ai le bonheur de constater que la version choisie est la seconde, reprise plus tard par Sonny Stitt, avec une minuscule introduction rythmique un rien latine et la trompette de Miles Davis en écho, qui fait un contraste heureux avec l’envolée lyrique du thème, absente de la première version avec Hank Jones, puis un superbe exposé du thème, solo Parkerien sur le tempo soutenu aux cymbales par la batterie entrecoupé de riffs Rythm’N’Blues puissants et final en batterie latine.
Nous sommes ensuite invités à « rencontrer Miss Jones », avec Mechinet à la flûte. Après l’exposé de cet agréable ballade, le solo de guitare rajoute une touche de Bossa Nova, tandis que la basse soutient les bombes de la batterie, avant un sol de la flûte entrecoupé de breaks, où Meschinet semble vouloir prendre son envol sur la pointe des pieds vers les oiseaux, puis utilise la technique du soufflé/crié doublé de façon presque diphonique avec sa voix commune à Eric Dolphy, à Rahsaan Roland Kirk et au sorcier brésilien barbu Hermèto Paschoal dans une course folle sur la rythmique. Le talent du flûtiste est justement d’être capable aussi bien de la justesse sage presque classique d’un Rampal ou d’un Jaspar ET de l’intensité de cette folie exotique à d’autres moments.
Michel Hausser revient pour une ballade de sa composition qui lui tient à cœur, ayant déjà donné son titre à son disque de 1995, et dédiée à son épouse Marie-Rose qui l’a toujours soutenu, « Blue Rose », belle mélodie de neige sur tempo lent, aux riches résonances prolongeant la frappe des touches du vibraphone. Elle me fait penser par sa finesse au « September In The Rain » du pianiste et vibraphoniste anglais George Shearing, avec Marjorie Hyams au vibraphone, avec cet aspect rêveur qui faisait évoquer à Alain Gerber les patineurs hivernaux de Central Park dans une émission sur New York où je le découvris, par ses miroitements glacés sous les étoiles où l’on retrouve ses joies enfantines hivernales, des bonhommes de neige aux joues rouges, même en ce printemps tardif. Le solo de guitare laisse perler quelques notes comme des gouttes de rosée sur cette « Rose Bleue ».
Ayant commencé sa carrière en 1948, et déposé ses compositions à la SACEM depuis1957, Michel Hausser est bien conscient que c’est « plus difficile aujourd’hui » pour les jeunes musiciens de Jazz, et les soutient. Il présente un jeune « trompettiste et bugliste » local qu’il invite à le rejoindre sur scène. Je pense immédiatement à Eric Theiller, d’Eguisheim, qui a souvent accompagné Jean-Michel Delune à Strasbourg, et c’est en effet lui qui arrive sur scène pour une composition du guitariste Bernard Hertrich : « We Remember Chet ». Connaissant le talent d’Eric Theiller dans le style émouvant du trompettiste, cela promet d’être beau.
En effet, il a vraiment le son de Chet dans son « Baker’s Holidays », avec ce « mellow of the sound » qu’il craignait d’altérer à la fin de sa vie en nettoyant l’instrument, d’après un ami interviewé dans un film tourné à la fin de sa vie, cette modulation tremblante dans les notes qui vous ravit l’âme par sa fragilité et la fêlure qui vous brise le cœur pour le consoler ensuite de toute sa tendresse. Soudain « a little be-bop here, a little be-bop there » (ainsi décrivait-il sa vie dans ce documentaire) pour le fantasme éternel d’être aussi « dur » que Miles Davis, alors que franchement il n’avait pas besoin de cela. Le final fait penser par la guitare à ses disques de Bossa Nova, de sa sublime version de « Retrato Em Branco E Preto » d’Antonio Carlos Jobim à son dernier disque avec le « Brazillian Boto Quartet ». Bel hommage à toutes les périodes du trompettiste disparu une nuit à Amsterdam le 13 mai 1988, il y a vingt ans, et je ne parle pas du chanteur, peut-être plus bouleversant que Sinatra par sa fragilité presque féminine.
Pour pallier à cette mélancolie qui pourrait être pesante, Michel Hausser nous invite à « faire la bamboula » sur l’un des rythmes les plus irrésistiblement dansants et festifs des Caraïbes annoncé par le nom de la composition : « Trinidad », où l’on joue, comme à Tobaggo, la Calypso (hélas un peu éclipsée en Jamaïque par le succès du Reggae). Le vibraphone, sur ce tempo très rapide, rappelle leurs « steel-bands », construits faute d’instruments pour fêter la fin de la seconde guerre mondiale avec des barils de pétrole des docks assemblés et martelés jusqu’à faire l’impressionnante palette de sonorités d’instruments à part entière. La flûte rapide de Meschinet revenu sur scène rappelle celles du « ra-ra » Haïtien et est efficace dans les riffs d’ensemble avec la trompette de Theiller qui prend le second solo, plus Bop sur ce tempo rapide, qui me rappelle que Chet, pendant une période de vache maigre, en fut réduit à enregistrer un « Chet and The Mariachis Brass Band », heureusement non réédité à ma connaissance !
Comme il faudra de toute manière revenir, Michel Hausser se propose de nous « servir le Bis d’office », avec un dernier thème bop « Burning The Midnight Oil », ce qui est logique au sortir des barils de Trinidad. Le thème rapide est truffé de citations de standards bop dans ses solos, donnant à Eric Theiller l’occasion de faire montre d’une plus large palette d’influences de Dizzy Gillespie à Miles Davis pendant le solo de vibraphone, puis à Clifford Brown, ce qui est rare, car celui-ci excellait aussi bien dans les ballades Cool que dans le Hard Bop le plus pointu sur tempos rapides avec Art Blakey puis le Quintette de Max Roach, mais disparut prématurément à 26 ans dans un accident de voiture, suivi de Meschinet à la flûte rappelant Gigi Gryce l’accompagnant en 1953 lors de sa première séance pour Blue Note sur un sublime « Easy Living », achevé d’un final des souffleurs à l’unisson sur les breaks d’Olivier Strauch.
Si ce concert m’a rappelé tant de bons souvenirs que je ne pouvais avoir que d’ouïe et par le disque ou les témoignages de Boris Vian ou d’autres contemporains, n’étant pas né alors, contrairement à Michel Hausser qui a eu la chance de rencontrer, de jouer avec ou de voir sur scène nombre de mes héros disparus, c’est dire l’exigence de celui-ci dans ses compositions et le choix de ses musiciens et de ses invités dans ce festival. Pour les plus jeunes, il est infiniment précieux que la pureté du Jazz de cette époque reste inaltérée, pour se souvenir que le Jazz a pu vivre dans cette évidence harmonique ouverte à tous les vents des Caraïbes avant d’être « free », d’être forcé au « Jazz-Rock » et autres « fusions » que j’apprécie par ailleurs. Mais il est essentiel parfois de revenir à la pureté de la source. Personnellement je me suis vraiment cru au JATP ou au club du « Caveau de la Huchette ». Evidemment, d’une humilité extraordinaire, l’homme ne releva pas le compliment à l’entracte.
PS : Les vidéos de Chet Baker sur "You Tube" sont bloquées par les ayant-droits, mais ceux qui voudraient entendre ce grand trompettiste et chanteur peuvent se connecter sur Radio Judaïca Strasbourg ce 8 mai de 21 à 22 h : mon émission Jazzology y sera consacrée.
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Steppah Huntah invite Marya Valetta
à La Grotte pour la sortie de son album
.21/04 |
par
Jean Daniel
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Marya Valetta est une chanteuse Jazz/Soul Slovaque originaire de Bratislava qui vit à Strasbourg. Sur son lien « My Space », on peut entendre sa voix sur des ambiances Groove/Jazz-Rock avec une touche de rythmes Brésiliens qui fait penser à « Return To Forever », groupe de Chick Coréa (claviers), Airto Moreira (percussions) et Flora Purim (chant) en 1972.
Depuis son arrivée à Strasbourg, elle a collaboré, dans un contexte « nu-jazz », au second album du groupe Nu Tropic et à la compilation « Tokyo House Lovers ».
Sa rencontre avec le groupe Steppah Huntah (dans sa forme électro : la russe Oless T, qui fait des mouvements de Qi Gong traditionnels puis danse avant le concert aux claviers, le bassiste Steven J ici aux breaks laptop d’un Mac et effets, et Fabrice Lauer au saxophone soprano, flûte et effets sampler), dont les compos dépassent déjà Strasbourg en étant jouées par Gilles Peterson, lui a permis de se concentrer sur un projet d’album présenté en exclusivité pour la première fois sur scène à La Grotte le 11 avril dernier.
Le concert commence par la superbe ballade « Jessica », succès Jazz/Soul Funky de Roy Porter de 1974 sur lequel je dansais au Café Des Anges sans savoir qu’il était déjà le batteur que j’écoutais dans la séance d’ « Ornithology » de Charlie Parker à Los Angeles en 1947, avant que le DJ résident El Gilson ne me le fasse remarquer… Ici, beats, fender rhodes et flûte entourent la voix de Marya d’un son complet illuminé de violons, avant le solo de fender rhodes réverbéré d’échos puis celui de la flûte avec effets et un second chorus scat/groove de la chanteuse dans la forêt groove urbaine où crient de loin de leur canopée les oiseaux du Brésil.
La seconde reprise est plus surprenante encore, car absente du My Space, « Speak Low » de Kurt Weill, la seule chanson latino enregistrée par Billie Holiday avec quelques percussions, reprise ici en New Brazil très rapide, carrément groove et festif, dépassant complètement le tragique de l’original (qui était dans le style final de Billie mais que la chanson ne justifiait pas forcément). Marya chante avec la classe d’une Shirley Basset dans le générique de « Goldfinger » (James Bond avec Sean Connery), les beats brasil accompagnent le solo de fender rhodes, avant un solo de saxophone soprano Jazz-Rock entre Michael Brecker et Wayne Shorter sur les rythmes samba des claviers, une basse groove et des percus Brazil.
Le scat, après la strophe « grande chanteuse » Jazz/Soul confirmée, est presque enfantin d’aisance et de folie, et la distance entre ces deux tendances montre la palette de Marya entre le sérieux de l’émotion lyrique et la folie de l’enfance retrouvée du scat.
Fabrice Lauer présente le groupe et le répertoire, composé de reprises et de compositions de Marya et Steppah.
Suit une batucada folle dépassant l’humainement possible des percussions, introduisant un « Milestones » de Miles Davis repris en « vocalese » (improvisation de paroles sur la mélodie d’un instrumental Jazz inauguré par King Pleasure sur « Parker’s Mood », puis Eddie Jefferson et Dave Lambert, John Hendricks & Annie Ross, et les Double Six en France) sur un texte de Mark Murphy, autre spécialiste du genre, puis en scat, avant un solo d’Olass T au piano sans effet aucun, ce qui est rare. Leur version dépasse complètement la structure des versions fugue/chase de la trompette de Miles courant après le saxophone de John Coltrane à la période Hard-Bop du premier quintette du trompettiste dans les années 50s.
Suit « Little Sun Flower », de Léon Thomas, chanteur scat et vocalese dans l’aïgu qui illumina entre autres le disque « Karma » du saxophoniste Pharoah Sanders et dédicaça ce « petit tournesol » aux enfants d’Afrique, du Soleil et de la Lune, si j’en crois l’introduction parlée, après les percussions en clave cubaines programmées, et saxophone en écho. Puis le chant se développe sur une rythmique soudain Brazil sous des tempêtes de percussions à graines, s’envolant sur la base de la clave et mêlant ces deux continents musicaux essentiels rarement réunis. Un solo de claviers très smooth égrène les pétales comme le soleil ses heures sur ses fleurs : graines poussées en Afrique que le vent de l’histoire et le destin malheureux des peuples souffla pour qu’elles germent dans les Caraïbes à Cuba et au Brésil. Suit un solo de flûte oriental/afro ethnique sur la clave, puis soudain crié dans les aïgus à la Hermèto Paschoal, sorcier fou Brésilien barbu. Un scat cool étire la mélodie sur la batucada pour les pères, les mères et jusqu’à la mer de la « Little Sun Flower », se faisant New Brazil par ses danses vocales rapides à la manière inaugurée par les groupes « Brazil 66 » et « Brazil 77 » du claviériste Brésilien Sergio Mendes dans le rapport pop et jazz-rock entre les voix et les rythmes. Le clavier groovy, de samba part soudain à son tour en salsa, le saxo se mêlant à la transe comme une autre voix citant dans son solo deux mesures d’ « A Tisket-A Tasket » (premier succès adolescent d’Ella Fitzgerald chez Chick Webb dans les années 40s).
Dans ce contexte, Marya Valetta se révèle une vraie petite libellule annonçant le printemps, nous envoyant ses bonnes vibrations en brassées de fleurs pour conjurer la pluie du dehors, avec la participation du public qui frappe des mains au rythme de la clave Cubaine.
Mais Marya Valetta est aussi compositrice de ses propres chansons comme « Without Your Love », aux percussions plus électro dans leurs beats, sur une basse disco et un clavier adoucissant/liant l’ensemble avant son solo très rapide qui soudain part en salsa sur les beats. Puis Marya part dans un scat, trouvant des violences nordiques dans les aigues à la Björk.
Suit une compo de Steppah Huntah dont Marya a écrit les paroles, introduite au saxophone sur des beats aquatiques au feeling playa Brazil 77 léger mais complexe où se ballade la voix de Marya me rappelle l’interprète inconnue d’un titre d’une compilation « Jazztrospection 2 » que m’avait faite le DJ Funk Brazil local Tal Stef chantant « I’ll see later on for sure » à la manière exotique d’Anita O’ Day sur « An occasionnal Man » sur le vibraphone de Cal Tjader. La chanson semble parler en effet de marcher sur la plage en bord de mer.
Le saxophone imite une cuica pendant son solo sur un rythme samba groove, invitant le public à de grands signes de sémaphores marins avec leurs bras de gauche à droite pendant le solo de piano un peu à la Antonio Carlos Jobim par son minimalisme mais poussant quand même au fond de chaque touche à la Keith Jarrett (une des influences d’Olass T) avant le final du soprano.
Les origines slovaques de Marya Valetta sont le prétexte de « Slovaquian Beans » (haricots slovaques), mais là encore cuisinés à la sauce rythmique syncopée clave/batucada groovant sur des beats un peu plus industriels. Marya s’y fait petite fée slovaque nous entraîne à cheval sur les étincelles de son scat dans les forêts et les montagnes de Slovaquie, aux trousses d’un solo de saxophone soprano balkanique à la Julien Lourau dans le quartet de Bojan Z, puis tournoyant comme Alex, fourmi aux yeux verts dansant en ouragan des soirées funk « Cosession » et « Faces ».
Suit une autre composition de Mark Murphy, « Why And How », qu’on retrouvera sur le My Space, au début plus lourd et syncopé, avec des cuivres aux riffs funky en fond dont émergent un fender rhodes cristallin et la voix, puis un solo de saxophone cette fois plutôt Jazz classique soutenu par le clavier et des beats samba, auquel se mêle le scat.
Marya a écrit les paroles de la composition suivante de Steppah Huntah, plus électro-Jazz, très soul et rythmée brazil, où sa voix vole joliment sur une mélodie à la Jamiroquai. Pour le Bis, « On vous a quand même préparé quelque chose » dit Olass T : « Julia », un dernier titre electro Jazz entremêlé avec une voix soul acidulée du genre de celles qui illuminent les premiers albums de « Massive Attack ».
Après cette prometteuse première, souhaitons bonne chance à Marya pour son album et bonne continuation à Steppah Huntah, et pour nous le plaisir de les revoir bientôt sur nos scènes…
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Les Badass Funkstarz lancent leur label "Badass 45"
.17/03 |
par
Jean Daniel
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Depuis plus de dix ans, les Badass ‘Funkstarz font groover les soirées de Strasbourg. Ce collectif sound-system de DJs, à l’origine composé de Sir Jarvis, également saxophoniste à l’occasion et DJ Shann, parfois au fender rhodes, rejoints depuis près d’un an par G-Phil, a une culture Funk /Soul/Afro Beat et Brazil et Boogaloo rare, qu’ils modernisent par des rythmes plus contemporains, empruntés au Break’N Beat anglais ou à la Drum’N’Bass, en les passant aussi parfois sous leur forme d’origine.
Le nom de leurs mixtapes vous mettra dans l’ambiance : « Everybody Likes James Brown », « Hellboy Funk » et « Live In Donkey Land » (enregistré lors de vacances en Corse ou Sir Jarvis accompagna un défilé de mode).
La vie étant trop courte pour eux pour ne pas la partager, ils ont fait venir nombre d’invités comme Quincy Jointz (DJ Hip Hop allemand), Don Mescal (DJ Funk de Lyon avec qui on purra les entendre avec DJ Gruyere ce samedi 15 mars au Soda Bar de Lyon, 7 rue de la Matinière), Jazzman Gerald (DJ anglais fondateur du label « deep funk » « Jazmin Records), DJ Gruyere (DJ « deep funk » espagnol de Barcelone fondateur du label « New Cheese Records ») Malachi Trout (membre du collectif Herbalizer et programmateur Jazz du Jazz Café de Londres), S.M.O.O.V.E (DJ anglais Break’N’Beat auteur de nombreux remixes explosifs sur « Wack Records » et sujet de nos premières « Réflexions sur les musiques électroniques »).
Le 8 mars dernier, Sir Jarvis lançait leur label « Badass 45 », qui sortira des 45 tours vinyls encore en usage chez les DJ, que Malachi Trout, S.M.O.O.V.E et Gilles Peterson ont déjà intégrés dans leurs sets, à L’Elastic, « meilleur bar se Strasbourg » d’après lui. Il avait invité pour l’occasion DJ No Stress (alias Rock Cee), membre fondateur à Strasbourg de l’une des radios les plus groovies de Strasbourg, RBS (91.9 FM et sur le net sur « http://rbs.bday.net/). D’abord radio pirate (dès 1979), RBS obtient sa première autorisation officielle d’émettre en 1982. Ce qui fait de cette station l’une des plus ancienne radio de la région, et même de France. La petite histoire raconte que le nom Radio Bienvenue Strasbourg vient de la Saint Bienvenue, le 30 octobre, jour officiel de la création de l’association. Le nom correspondant parfaitement à la philosophie première de la station qui offre une tribune aux résidents étrangers de Strasbourg.
Avant l’ouverture du caveau, je crois reconnaître le style Jazz Rock et Brazil du groupe « Return To Forever », mis par No Stress, (Chick Coréa, claviers ; Airto Moreira, percussions diverses ; Flora Purim, chant, l’une des meilleures chanteuses Brésiliennes après Elis Regina), ce que me confirme Sir Jarvis à mon arrivée. Après un titre de Funk et un autre Hip Hop, je reconnais le « What’s Going On », enregistré par Marvin Gaye en 1970 sur l’album Motown du même nom, et qui devait faire du chanteur Soul en 1971 le sage déjà concerné par l’écologie, la guerre du Viêt-Nam et la lutte contre drogue, mais remixé originalement en reggae, tout en gardant la Soul originelle et le tempo d’origine.
No Stress alterne avec des titres instrumentaux Jazz Soul Funky à la manière de ceux utilisés par Antonioni dans « Blow Up » (Palme D’Or 1967 à Cannes), caractéristiques de la créativité du « Swinging London » des années 60s, où l’on voit également les Yardbirds et un jeune Jimmy Page (y succédant à Eric Clapton et Jeff Beck, qu l’on y voit aussi, avant de former le premier groupe de Hard Rock Led Zeppelin avec Robert Plant au chant et John Bonham à la batterie) casser sa guitare contre l’ampli et la jeter en pâture aux fans.
Suit un thème bien Blaxplopitation avec des saxos en fond et une voix de Screamin’ Jay Hawkins (le pianiste noir de Rock’N’Roll fou furieux capé avec un os papou dans le nez et au regard de vaudou lançant des flammes avec sa canne dans sa version de « I Put A Spell On You »). Ensuite on se calme avec une perle « Northern Soul » de ce style qui fit des vinyls Funk/Soul une des influences de la techno anglaise par la culture des DJ, d’après Laurent Garnier dans son autobiographie « Electrochoc ».
Le premier des 45 tours de « Badass 45 » (« Stronger Than Melody », reprenant « En Mélody », l’avant-dernière chanson de « Mélody Nelson », concept-album de Gainsbourg, avec Alan Parker (guitare ), Brian Odgers (basse), Douglas Wright (batterie), Alan Hawkshaw (claviers), Jean-Claude Vannier (orchestration) enregistré aux studios Marble Arch de Londres du 21au 23 Avril 1971. Sur une histoire inspirée du « Lolita » de Nabokov, le narrateur (Gainsbourg abandonne le chant pour ce qu’il appellerait « talk over »), au volant de sa Rolls (un clip de Jean-Christophe Averty existe, tourné au petit matin, où il est au volant de la « déesse d’argent » et passe du trottoir de gauche à celui de droite, n’ayant jamais passé le permis !) renverse une nymphette à vélo « aux cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle) interprétée par Jane Birkin (qui a joué dans « Blow Up » avant de le rencontrer sur le film « Slogan » où elle jouait sa « petite briseuse de ménage ») sur la pochette, dont on entend les rires de chèvre hystériques dans « En Mélody ». Dans un document télévision, elle lui demandait pourquoi il la faisait mourir à la fin, et il répondait : « Pourque notre amour soit éternel ». Je reste persuadé que c’est la seule vraie période de bonheur de sa vie. Dans « En Mélody », elle veut revoir « le ciel de Sonderland.
Elle prit le 707, l’avion cargo de nuit. Mais le pilote automatique aux commandes de l’appareil fit une erreur fatale à Mélody ». Le narrateur scrute le ciel comme les papous guinéens qui tirent sur les avions à coups de sarbacane. La basse et la batterie, notamment sur En Melody, sont résolument funk. Ce titre « En Mélody » peut être considéré comme le premier morceau de Rock Français, car ne devant rien dans son jeu au rock anglo-saxon. Téléphone, plus tardif, ne sont que des « Rolling Stones » à la française. Et le groupe Noir Désir joue encore comme cela. Dans la version des Badass’Funkstarz, le titre est mixé avec l’excellente chanteuse de Soul anglaise Amy Whitehouse sans occulter les cris de chèvre originaux de Birkin. Cela fait mervei_lle, et on croirait que le titre a été composé ainsi…
Un autre de ces 45 t, « You Better Shake » tire son titre de soirées des Badass’Funkstarz et de leur page « My Space » les annonçant organisées au « Café Des anges » de puis novembre dernier tous les jeudis pairs. Le flyer précisait les sens et implications chorégraphiques, psychologiques et vitales du mot « Shake » : « secouer – agiter- faire des mouvements vifs - sortir de son inaction en se libérant de son angoisse, torpeur, paresse - tenter de se débarrasser d’un joug, de la routine, des préjugés – mener quelqu’un pour l’inciter à agir – réagir contre le découragement, l’inertie ». Sur une base touffue de percussions brésiliennes et de congas et de beats et une basse electro- new-wave, dans le raffût enthousiaste d’une foule en délire des voix masculines et féminines issues de la techno, donnent les temps de la danse, invitent à entrer dans le groove, James Brown leur répond en hurlant, une guitare Rock inattendue ranime la sauce, puis les voix s’électrisent en monstres inhumains, rythmes vocaux. Ce titre est une bone description de leurs soirées, et un amuse-gueule efficace au suivant.
« Heat wave Drummers » ou « Martha’s Drummers » mélanges des rythmes afro-cubains, les cuivres du boogaloo (mélange de Rythm’N’Blues et de rythmes latins) de la « Latin Soul » du label Fania aux trompettes assourdissantes qui devait donner lieu à la « Salsa », la voix d’une chanteuse de funk/Soul noire et ses choristes et les imprécations extatiques d’un percussionniste sorcier (Mongo Santamaria ?) tenant lieu d’MC au naturel, auxquels viennent s’ajouter quelques mesures vocales d’ « Agogo », tube percussifs brésilien des dancefloors relayé par RBS dans les années 90/2000s. Et là encore le mélange prend, même s’il surprend. Ce qu’aime faire Sir Jarvis, c’est mélanger des petits bouts de tubes kitsch que chacun de nous aurait honte d’écouter tels quels et les rendre méconnaissable en les mélangeant à d’autres éléments hétéroclites. Quand il dévoile les influences, on est souvent surpris d’avoir aimé ça. La méthode consiste, à ce que j’ai cru comprendre, à isoler les éléments constituant d’un titre (rythmes, basse, voix, cuivres) et les remplacer par d’autres.
« Freaky Grapevine » reprend sur un rythme irrésistible de percussions une version féminine d’enfer de « I Heard It Through The Grapevine », premier succès de Marvin Gaye, les cuivres de « Work Song » de Nina Simone reprise par Claude Nougaro dans son « Sing Sing » sur un fond sonore de vocaux boogaloo tapant des mains aux trombones assourdissants.
« Makin’Jill Nervous » allie des saxophones intenses et originaux d’une liberté empêchant de les classer dans un style ethnique, Jazz ou Funk ou peutêtre tout ça à la fois car tenant autant des barissements des éléphants d’Afrique que du vibrato klezmer ou tzigane appliqué au Rythm ’N’ Blues, ou des musiques kitschs d’André Popp dans la lignée des films de Russ Meyer , accompagnant en fanfare une chanteuse Soul revendiquant la liberté de son âme sur une basse northern, avant un solo de batterie broken. Et tout ce beau monde se bringuebale ensemble comme s’il était né sur le même continent.
On retrouve la Fania avec « Fania’s Brothers Workout » dont on entend les cuivres de films sur une rythmique plutôt cool voire kitsch, des murmures soul accompagnent un solo de saxophone, puis entre en scène une chanteuse Soul qui semble avoir tout vécu à entendre l’émotion de sa voix même plus éraillée, James Brown vient y danser et crier avec elle. « Stubborn Son Of Marvin » est un autre remix de Marvin Gaye Soul sur une rythmique breakbeat soutenue de percussions avec une guitare aux soubresauts funk/soul ouatés.
Le 21 mars, Sir Jarvis sera au festival « Bol De Funk » à Marseille au Cabaret Aléatoire Pour les Strasbourgois, « Badass 45 » sera le 29 mars à La Salamandre, le 3 avril à L’Elastic, le 26 avril à L’Elastic avec Tobias Kirmayer, puis le Sound System prendra ses quartiers d’été en plein air : le 23 mai à Haguenau en plein air et le 16 juin aux Pelouses Electroniques du Jardin Des Deux Rives.
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1000 Names, Duo Electro-Hip Hop Bulgare
La Grotte - Strasbourg - 23/02/08
.03/03 |
par
Jean Daniel
Tribune libre
Electro-Groove,
Future-Jazz,
Hip-Hop,
Strasbourg,
Tribune libre,
Trip-Hop
1000 Names est un duo de DJ bulgares Electro-Hip Hop composé de « Casino Basters », batteur de funk et de jazz à la base et de « 99 Mistakes ».
Le set commence par des cuivres Swing annoncés par une voix de DJ radio américain des années 50s, bientôt saucissonnés par des beats. Puis court intermède vocal Calypso "Rhum With Coca-Cola" (Harry Bellafonte ?). Des bouts de Funk, de Soul, de voix Wave ou Pop, même les thèmes sont triturés, passés à la moulinette des Beats Electro.
Les samples se chevauchent en s’échangeant leurs ambiance par delà les époques et la géographie, et y retrouvent une unité supérieure qui leur est propre. Une voix Bluesy-Soul flirte avec une guitare qui se fait sytnthé pour plonger dans les profondeurs abyssales d’ un Beat sub-aquatique dont émergent jusqu’à la surface de petites bulles groovies, où nage une voix entourée de violons flottants interrompus par des fragments intermittents. Même les comptines de Walt Disney (en Chinois ?) y passent, ralenties de Beats hypnotiques et de planants sériels répétitifs à la Philippe Glass.
La douceur pop d’un riff de clarinette est tirée en longueur sur fond de beats, ce qui était court est rallongé, le long se fait bégaiement, sample répétitif, des voix Soul assurant le liant, la cohésion, l’âme de l’ensemble. Même les standards américains des crooners les plus ringards sont relevés, remis au goût du jour par des claviers électroniques qui les font chevroter comme dans un stromboscope d’un prisme vocal sur les beats, tandis que des violons discos redessinnent d’autres mélodies sur d’autres rythmes en courant contraire. Le Funk, le Rock, le Hip Hop, rien n’échappe à ce traitement. L’ami de Charlotte, renarde blonde aux yeux bleus très purs et doux amie d’un chien polaire comme le sont les ours blancs, "Pile Poule", qui se targue d’avoir une "oreille absolue", évoque "Massive Attack" (qui reste pour moi, au moins pour les deux premiers albums, la référence du miracle d’une trip-hop marriant harmonieusement des voix soul à fondre et des impros jazz cool sur des rythmiques dub rêveuses sans aspérités arrivant à recréer une unité à partir d’éléments disparates).
Un Blues électro lent, sur deux temps, avec des flûtes au vent ou voix pygmées comme celles de la version de "Watermelon Man" d’Herbie Hancock avec ses Headhunters sur l’album du même nom. Je pense qu’elle était presque plus révolutionnaire pour l’époque que la version d’US3 de "Cantaloupe Island". Coolio me répond que c’est un "Gangsta Paradise" piqué à Stevie Wonder et le saxe surfant au-dessus me dit que c’est de bonne guerre. Comme quoi il y a encore des musiciens électroniques qui allient culture musicale et talent rythmique, assez pour rendre musicales une paire de platines et un sampler, pour nous faire redécouvrir l’histoire des musiques noires et autres remis au goût des beats modernes de notre monde contemporain, comme Birdy Nam Nam ou 1000 Names.
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Steppah Huntah et Jimi Ténor Live
à l’Ososphere 2007 (partie2)
.21/01 |
par
Jean Daniel
Tribune libre
Afro-Beat,
Broken-Beat,
Electro-Groove,
Funk-Jazz,
Future-Jazz,
Live,
Strasbourg,
Tribune libre
suite de l’article "Hocus Pocus : Accoustic Hip Hop Quintet - à l’Ososphere 2007 (partie 1)"
Steppah Huntah
Plus tard dans la soirée, le groupe de Hip Hop local "Steppah Huntah" se présentait lui aussi dans sa formation Live pour un set hélas trop court entre une heure trente et deux heures trente du matin. Il est né de la rencontre de la pianiste de Jazz russe Oless T (claviers divers et à la voix) et de Steven J, à la fois contrebassiste dans des groupes de Jazz Manouche de la région (l’ensemble d’ Engé Hemstetter, notamment) et DJ Funk, Soul et Afro et Break Beat, ici à la basse électrique, complétés de Fabrice Lauer, clarinettiste habitué des comédies musicales manouches du Festival International Tzigane, au saxophone ténor, et de Jazzamar, flûtiste de Jazz du duo Nu Tropic, bien plus à son avantage dans cette configuration live que cherchant à se faire entendre face aux DJs électros de la Salamandre, enfin, deux MC, une chanteuse noire avec beaucoup de soul et de feeling, épaulée d’un rappeur.
Les arrangements, les chansons, les solos, tout était énergique et mélodique, et il faut une grande mise en place aux solistes pour se faire entendre face à un groupe aussi électrique, ce dont ils n’ont pas manqué. Bref, un bon son de groupe collectif mais permettant également aux individualités musicales de se faire entendre.
La video du live est disponible içi
Jimi Ténor
Le lendemain Samedi 29 septembre, le concert le plus intéressant était celui de Jimi Tenor & Kabu Kabu. Jimi Tenor est un chanteur, saxophoniste et claviériste finlandais, qui physiquement ferait plutôt penser, avec ses lunettes rectangulaires et ses cheveux blonds, à Peter Sellers dans Austin Powers. Mais il arrive sur scène drapé dans une cape stellaire afro digne des théories cosmique de Sun Ra et joue de son fender rhodes de manière toute aussi spatiale que lui. Passionné d’Afro Beat, il joue du saxophone comme le pionnier du genre, Féla Kuti, dont il a d’ailleurs récupéré un des percussionnistes, Nicholas Nettey, pour son dernier disque "Joy Stone" sorti en 2007, et ici pour ce concert, au sein de son trio Kabu Kabu. Sur le disque, le titre "Hot Baby" alterne la chaleur africaine et percussive de l’Afro Beat avec des breaks funky-disco plus lents aux soupirs féminins jouissifs. Faute de choristes féminines sur scène, Jimi Tenor scratcha avec les pales du petit ventilateur de son fender rhodes, modulant de la sorte en s’en servant comme d’une sourdine animée ses vocalises dans les aïgues, les cuivres partant ensuite dans un free groove énergique.
Puis la guitare se fendant d’un solo digne d’un fim série B des années 60s Swinging London. Vous l’aurez compris, quoique né à Helsinki, Jimi Tenor mérite son titre de nègre blanc de l’Afro Beat Finlandais.
Paradoxe, il le mériterait même plus qu’"Architecture In Helsinki", groupe pop venu d’Australie sans leurs invités donnant parfois à leurs disques un aspect festif de fanfare électro pop, où pourtant il fait bien plus chaud, me semble-t-il. Des hasards des noms de groupe, de leur origine fantasmée par leurs influences...
Plus au Nord encore, les trois chanteuses de Gus Gus dont la principale, plus brune et plus douée avait orné son bras d’une sorte d’aile de libellule et de maquillages de grande prêtresse nocturne du fond des âges, étaient accompagnées de deux DJs dont l’un, barbu et chapeauté de noir, venait parfois tenter de semer la panique en chantant d’une voix d’outre-tombe sur le devant de la scène, en vain.
On pouvait continuer dans les mélodies Afro Beat et Funk avec la sélection du DJ Nu:Form, dernier rempart de la musicalité contre la techno-BOUM BOUM hardcore ou house qui ne m’inspirait que la fuite avant même de franchir le seuil des salles qui la proposaient...
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Hocus Pocus : Accoustic Hip Hop Quintet Live
à l’Ososphere 2007 (partie 1)
.21/01 |
par
Jean Daniel
Tribune libre
Funk-Jazz,
Hip-Hop,
Live,
Strasbourg,
Tribune libre
La meilleure surprise de ce Vendredi 28 septembre 2007, premier soir du festival de l’Ososphère à La Laiterie de Strasbourg, plus voué aux musiques électroniques, mais dont la programmation cache quelques groupes live originaux, fut le groupe Hip Hop Nantais "Hocus Pocus", servi par un VRAI groupe de scène, ce qui est aussi rare en France qu’ Outre-Atlantique (exception remarquable des années 90s, un peu oubliée, les "Smokin’ Suckaz With Logic" dont on a plus entendu parler depuis, servis par une section rythmique basse batterie live), "Accoustic Hip Hop Quintet" comme l’annonçait l’un de leur premier EP, rompu aux subtilités du Jazz, de la Soul et du Funk (piano-fender rhodes/guitare/basse/batterie) en plus du MC 20 Syl aux textes positifs et au flow chantant et musical et de DJ Greem aux platines brillant par sa musicalité dans les scratches et l’originalité de ses samples éclectiques.
Ils ont déjà sorti en en 2001 leur album "73 touches" et viennent de sortir le 8 octobre (2007) "Place 54". Sur "73 touches", le titre éponyme est un magnifique hommage aux grands du Jazz comme Billie Holiday ou Miles Davis et leur lutte dans une Amérique encore ségrégationniste. Le très original "Pascal" racontait la vie d’un billet de banque (idée déjà exploitée par Bernard Lavilliers à ses débuts) volé, joué, perdu, niché dans un soutien-gorge avantageux, copié, pour finir par "C’type mal rasé m’a crâmé sur un plateau téle et j’suis mort en héros", référence discrète et subtile à une provocation de Serge Gainsbourg.
Sur la chanson "J’attends", on aurait cru, à l’écoute du disque que la magnifique voix soul reprenant en contrechant "I’m Waiting" était un sample d’un grand chanteur soul, tant elle était belle et émouvante. Surprise sur scène, elle s’avère être celle du guitariste, qui s’avère très polyvalent, quoique discret : on le devine capable de jouer Blues, Jazz, Soul ou encore Funk. 20 Syl dépasse lui aussi les attentes d’un MC en se révélant un authentique chanteur, très musical dans son flow (partageant cette capacité d’improvisation vocale avec Nyah, chanteur d’Erik Truffaz, et Kokayi Outre-Atlantique, membre d’Opus Akoben et des "Metrics" du saxophoniste Steve Coleman), capable également d’effets bucaux plus bruitistes par sa maîtrise de la technique du Beat Box, et tirant d’un mini-clavier des sons très originaux.
Les chansons du prochain album "Place 54" s’avèrent tout aussi prometteuses. Dans l’une d’elles, 20 syl parle du Rap US Américain, déplorant la vulgarité de son vocabulaire ("trop de mots comme "shit", trop de mots comme "fuck", trop de mots comme "bitch""), puis avouant : "Mais y’a aussi des mots en anglais que j’aime : des mots comme "Love", des mots comme "Peace", des mots comme "Jazz", des mots comme "Soul", des comme "Funk", des mots comme "Hip Hop". Hocus Pocus semble avoir remis dans le rap la tolérance et les idées positives et généreuses du "Peace & Love" hippy des années 70s, mais ce fantasme nostalgique très personnel n’engage que moi.
Toujours est-il que le Hip Hop d’ici et d’ailleurs devrait prendre exemple sur cette belle générosité positive pour sortir de l’ornière de la provocation gratuite et des stériles appels à la haine ! Autre déclaration d’amour aux musiques noires, ce jeu de mots : "J’aime la Soul, j’la saoû-aoûle/ plus de 3 g d’amour dans l’sang", avec des samples vocaux noirs et soul montrant que cette référence n’est pas qu’une pose et qu’ils connaissent vraiment ce répertoire, ce qui fait chaud au coeur. Enfin, la chanson la plus émouvante à mon sens, tant pour son message que pour le sample lancinant de la voix de Césaria Evora, Diva aux pieds nus Capverdienne chantant son "Petit Pays, Je t’aime beaucoup", répondant à un texte engagé, critique sur la France que 20 syl dit vouloir aimer beaucoup, mais sans pouvoir oublier "ses 60 millions de gosses", son racisme ordinaire, ses 25 000 expulsions de sans-papiers prévues, et concluant l’important n’est peut-être pas seulement que cette jeunesse l’aime, mais quelquefois la France leur dise aussi qu’elle les aime...
Pourquoi cet engagement lucide m’émeut-t-il tant par sa part de naïveté et de rêve ? Un solo de fender rhodes bien chaloupé nous fait rêver aux douceurs capverdiennes, suivi d’un solo de guitare bluesy. Pourquoi surtout cela semble-t-il tellement plus limpide quand cela coule de source dans la voix de Césaria Evora, qui pourtant parle d’un "petit pays" si pauvre, mais où peut-être on sait encore se contenter de peu, de la joie simple d’un poisson pêché dans la mer, et cela semble-t-il si compliqué chez nous ? Question de climat je suppose, à tous les sens du terme, bonne idée de base pour un texte de rap, mais ça a déjà été fait, je suppose. D’un amour à sens unique à d’autres inavoués, la transition vers "J’aimerais" "conjuguer ce verbe au présent" est naturelle, avec un bel accompagnement de fender rhodes et des cuivres samplés et des voix soul en contrechant, qui devient sur la fin brusquement plus énergique quand la guitare part en rock up- tempo, 20 syl invitant le public à sauter en l’air dans une folie collective de mains levées et de cris d’enthousiasme.
Les musiciens sont présentés eux aussi comme des danseurs instrumentaux : Matthieu aux claviers en "Travolta des touches blanches et noires" suivi d’un solo Jazz-Rock, Hervé à la basse (encouragé d’un "Hit Me !" plus proche de son initiateur James Brown que de l’imitation palotte qu’en a fait avec le groupe No Jazz Thierry Ardisson dans "Salut Les Terriens") en James Brown, Antoine à la batterie s’illustre par un roulement, David, guitare ("Hit Me") et voix, suivi d’un solo où le jeu des cordes blues se mêle à sa voix soul dans un accord joué/chanté évoquant Jimi Hendrix, DJ Greem aux platines démontrant une fois de plus la rare musicalité de ses scratches (procédé inventé, pour la petite histoire, par le jeune Théodore Wizard écoutant un disque dans sa chambre d’adolescent quand sa mère y entra pour lui parler, et arrêtant le disque avec ses doigts le temps de l’écouter, puis le faisant redémarrer en arrière avec un effet qu’il trouva intéressant, d’après Ariel Kyrou dans "Techno Rebelle") et dont les samples vocaux semblent, vivants, avoir un souffle, une respiration, prendre ou reprendre vie sous ses doigts.
Bref un vrai groupe de Hip Hop live capable nous faire danser, rêver et penser, de nous rappeler les musiques qui se sont battues pourque sa parole libre existe : Blues, Jazz, Soul, Funk et Groove et toutes les musiques de l’Afrique déplacée avec les esclaves au large sur des îles comme Le Cap Vert, capable de réinjecter leur énergie communicative et leur émotion dépassant la seule nostalgie dans le Hip Hop actuel, porté par des textes parfois engagés mais toujours positifs, souvent poétiques, bref des références et un bon esprit qu’on espère bientôt partagés par d’autres groupes ici et Outre-Atlantique. en attendant merci à eux d’ouvrir cette nouvelle voie rare et pleine d’espoir qui vaut déjà pour elle-même.
Le festival de l’Ososphère se proposait également de faire découvrir les nouvelles créations visuelles en vidéo et arts visuels de jeunes artistes contemporains ou des oeuvres crées pour l’occasion. Celle qui attira surtout mon attention était une chaise suspendue, sous laquelle se trouvait un échaffaudage aux fins barreaux protègeant des néons colorés. Jusque là rien de spécial. Mais si attiré par les néons comme un insecte ou un papillon de nuit par la lumière on s’en approchait, on entendait le chant d’oiseaux amazoniaques répondant à la présence humaine, diffusée par des hauts-parleurs tapis dans l’ombre que l’on n’eut pas soupçonnés tout d’abord.
Moralité : mettez un néon en cage, il chantera comme un oiseau ! Avec plus d’exercice, vous aviez l’impression que la musique réagissait à votre présence, comme les ondes d’un theremin à la main qui s’en approche, et en touchant les cordes délicatement ou en y passant une main courante, vous aviez parfois l’impression de composer une sorte de symphonie urbaine et trop sauvage pour se laisser enfermer dans quelque principe que ce soit, d’où l’insondable et pénétrant mystère de la chose, qui m’a fait y revenir plusieurs fois, à chacun de mes passages...
2ème partie de l’article
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